jan 20

La dynastie Hallyday

Yéyé, année zéro. Boy meets girl, boy loves girl. Il la croise (commentaire : «Elle est terrible»), la supplie («Retiens la nuit»), en un mot, une chanson comme en cent : il l’aime. Johnny, prince du rock hexagonal poursuit donc de ses assiduités Sylvie, la collégienne en chef du twist. A défaut de retenir ses nuits, la France retient son souffle et répète après eux les onomatopées d’un amour sublime d’innocence. «Shalala la la la, jamais mon amour ne finira», assure l’une. «Quand l’amour s’en va et que tout est fini, dadou ron ron ron…», répond l’autre en écho. Ivresse des sons qui swinguent, affolement du tempo qui rocke and slowe frénétiquement. Tant pis si, après tout, les mots se bousculent dans un joyeux désordre qui fait trembler les zélateurs de la langue française. De leur côté, des millions de jeunes partagent les cahotiques coups de cœur du couple infernal au son de guitares électriques déchaînées et via les gros titres de la presse. Johnny épouse Sylvie le 12 avril 1965 à Loconville : SLC (Salut les Copains) répand la bonne nouvelle avec un numéro hyper-extra-spécial qui s’arrache comme des petits pains. Sylvie attend ce qu’il est convenu d’appeler un heureux événement : Jours de France nous l’apprend en six pages plus la couverture.

David HallydayDavid, le prince héritier, voit le jour le 14 août 1966: Paris-Match nous la joue «Il est né le divin enfant» avec quelques mois d’avance sur Noël. Le 16 septembre, Johnny tente de se suicider (en écoutant «Rika Zaraï’s greatest hits»?) : Ici-Dimanche et France-Paris sont aux premières loges et rivalisent d’imagination pour relater les circonstances du drame. Un mois plus tard, Johnny se réconcilie avec Sylvie (qui avait demandé le divorce) et tous les titres cités précédemment en font état avec une touchante unanimité. Pendant les quinze ans que dure le mariage Hallyday-Vartan, les statisticiens les plus pointus relèvent pêle-mêle, gravité et futilité mêlées : une menace de divorce tous les trois-quatre ans, deux disques d’or tous les dix mois, cinq ou six couvertures de magazines par trimestre, deux ou trois nanars au cinéma («Patate» with Sylvie, «A tout casser», «Le spécialiste» starring Johnny H.), trois apparitions mensuelles chez Guy Lux ou Maritie et Gilbert Carpentier, le tout ponctué par les cris stridents d’un bataillon de fans en chaleur. «John-nyyyyy, Sylvuiiiiie» sont autant de folkloriques cris de guerre interrompant volontiers les prestations des deux conjoints lors de divers «Palmarès de la chanson», «Cadet Rousselle», «Système 2» et consorts. De temps à autre et au cours de ces mêmes émissions, des hérétiques se mêlent .au groupe pour y glisser de pervers «Sheilaaaa », «Cloclooooo» immédiatement étouffés par la secte des vartanophiles en état d’alerte maximum. Johnny et Sylvie se livrent, eux, via leurs rengaines respectives, à un dialogue amoureux des plus inattendus.

David HallydayQuand, en 1966, monsieur vante les vertus des «Coups», madame tente de l’amadouer en lui réclamant «Juste un peu de tendresse». Quand, quelques mois plus tard, il hulule sa solitude («Je suis seul», «J’ai crié à la nuit»), elle lui répond dans la même veine (« Par amour, par pitié»). 1968 voit le couple attiré par la marginalité des bandits célèbres («Bonnie and Clyde» pour lui, «Baby Capone» pour elle). 1969 est l’année où chacun chante haut et fort son identité et ses racines : «Je suis né dans la rue», hurle Johnny, «La Maritza, c’est ma rivière», soutient Sylvie sur fond de violons compatissants. Les premières dissensions apparaissent publiquement cette année-là sur leurs microsillons respectifs. «On a toutes besoin d’un homme», soutient la blonde sylphide sur une chorégraphie d’Arthur Plashaert, ce à quoi son drôle d’époux rétorque «Je n’ai besoin de personne». Toujours en 1969, la fibre maternelle de Sylvie vibre au son d’un «Roi David» qui se distingue par la participation bruyante des… trompettes de cavalerie de la Garde républicaine. Les années 70 voient les deux époux préférer le music-hall au vinyle comme terrain d’action à leur dialogue musicalo-conjugal. Johnny et Sylvie se «font des scènes» à tour de rôle et de bras. Au début, la répartition est claire et nette.
A Sylvie l’intimité veloutée de l’Olympia (1970, 1972) tandis que Johnny s’annexe le viril Palais des Sports (1971, 1976). Parmi les griffes que l’on retrouve au générique de ces shows, citons Yves Saint Laurent (qui. habille à la fois monsieur et madame) et Michel Mallory à l’origine de la plupart de leurs tubes. François Reichenbach tient, lui, le rôle du biographe attitré puisqu’il leur consacre deux documents distincts («J’ai tout donné», en 1971, et «Mon amie Sylvie» l’année suivante). Dotée soudain d’un appétit plus vorace, la reine Sylvie quitte son Olympe-Olympia en .1975 pour s’attaquer de front à son premier palais, celui des Congrès, porte Maillot à Paris. Succès oblige, elle y joue les prolongations l’année suivante, y retourne en 1977 puis, d’humeur batailleuse, s’attaque en 1981 au mythique Palais des Sports, chasse gardée de Johnny. Par esprit de contradiction, ce dernier abandonne alors sa salle fétiche au profit du Pavillon de Paris (1979), y retourne trois ans après puis s’en détourne à nouveau pour cause de Zénith (1984) et de Bercy (1987).

Entre-temps, la fissure qui guettait épisodiquement le couple Hallyday-Vartan se concrétise tant et si bien que les deux vedettes finissent par divorcer pour de bon en 1980. Et les Cassandre de service, qui prédisaient à intervalles réguliers pareille issue, de piocher allègrement dans leur petit Vartan illustré («On s’est connu/C’était si bien/Le beau début/La drôle de fin») ou leur Johnny de poche («Elle m’oublie »/« Revoilà ma solitude») pour étayer leurs convictions. Au fil des grises eighties, Sylvie met le cap sur Beverly Hills, en Californie, où elle s’installe avec fils, mère et nouvel époux. Resté à Paris, Johnny renoue avec le cinéma (le bon, cette fois) et les fiançailles, au rythme d’une cérémonie par année. La période 1980/1981 voit ainsi l’avènement de Betsy et de Babeth, 1982 à 1987 marque l’ère Nathalie Baye, 1987 voit surgir Gisèle Galante, 1988, une Canadienne prénommée Léah, tandis qu’en 1989 est signalé le débarquement de Dadou (ronron?), fille de Long Chris, ancien parolier du chanteur. Ces réjouissances se déroulent sous l’œil vigilant des fans de Johnny dont les plus «légitimistes» d’entre eux marmonnent de vigoureux «Vive Sylvie» entre deux romances du chanteur, histoire de bien marquer leur préférence. Pour sa part, séparé, divorcé mais néanmoins ami-ami, le couple vedette des sixties-seventies-eighties semble poursuivre, aujourd’hui encore, son drôle de dialogue.

David HallydayLe Rock and Roll man vient à peine d’annoncer son show à Bercy, en septembre prochain, que La-plus-belle-pour-aller-danser sort de sa manche-Dior un ‘alléchant joker, à savoir la promesse d’un super show en janvier 1991 au Palais des Sports, avec une mise en scène signée Alfredo Arias (qui avait monté les extraordinaires «Peines de cœur d’une chatte anglaise», au théâtre, il y a quelques années). Il ne manque plus à ce «Portrait de famille avec stars» que les premiers concerts made in France de David, le prince héritier. La mise en orbite réussie, il ne reste plus à David qu’à confirmer les espoirs placés en lui et casser la baraque. Hypothèse qui, on n’en doute pas, se confirmera sûrement dans les années futures. Comme dirait l’immarcescible Sylvie, «C’est fatal »…

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jan 20

David Hallyday met du fun dans son rock

David Hallyday«He’s my girl». Autrement dit, lui, c’est ma fiancée. Intrigant, ambigu et finalement assez cocasse, le titre du premier (et seul) film interprété par David Hallyday l’est certainement. Trois ans après sa sortie aux Etats-Unis (et en Australie), ce morceau de bravoure nous parvient aujourd’hui en vidéo alors que les teenagers de l’hexagone connaissent par cœur la chanson-générique tirée du film, fort bien classée au Top 50 en 1987. Pourquoi un tel retard alors que les disques et longs métrages made in USA n’ont jamais mis aussi peu de temps pour traverser l’Atlantique? Sans être un chef-d’œuvre impérissable de l’histoire du cinéma, la comédie de Gabrielle Beaumont ne mérite pas cette mise à l’écart abusive. Menée à 100 à l’heure par le tandem Hallyday junior/T.K. Carter, elle ressemble à une version revue et corrigée-années 80 des fameux «Beach movies » des années 60 où Sandra Dee, Bobby Darin et Annette Funicello n’avaient qu’un souci : se divertir le plus possible sans de poser d’encombrantes questions. Mot d’ordre voire philosophie avoués : fun, fun, fun. Et David Hallyday semble bien s’amuser ici en aspirant chanteur, Bryan, qui remporte le prix attribué par VidéoLa(une chaîne de télé musicale genre MTV), à savoir un séjour tous frais payés à Los Angeles, plus la promesse d’un lancement professionnel en règle. Seule condition à l’attribution du prix : une présence féminine auprès de Bryan. Qu’à cela ne tienne, Reggie (manager noir du chanteur) se transforme en Régina, affriolante créature. Il décide d’accompagner son poulain en Californie pour le protéger contre les omniprésents requins du showbiz. Si l’influence de «Tootsie» se fait souvent sentir (milieu artistique similaire, obligation pour le héros de se travestir pour obtenir une promotion professionnelle importante), l’approche est toutefois différente. «He’s my girl» a été conçu et réalisé en pleines «années clips» et ça se voit. Ses protagonistes ont vingt/vingt-cinq ans, l’âge du public auquel cette comédie est visiblement destinée. Ils baignent dans le rock et gravitent dans un univers truffé d’« adultes » pas très engageants (le directeur de la chaîne musicale est un opportuniste dépassé par les événements, la rock-star Simon Sledge est un énergumène périodiquement «stoned» qui, malgré ses quarante ans bien sonnés, s’obstine à jouer à l’idole destroy tendance Heavy Metal). La gent féminine est plus favorisée, ses représentantes (les petites amies respectives du jeune chanteur et de son manager) sont ‘volontiers pragmatiques, lucides et responsables. On ne la leur fait pas si facilement, ni si longtemps. Tout repose donc sur les épaules de David Hallyday et de T.K. Carter. Véritable tempérament comique, ce dernier se démène et «charge» avec délectation dès que les turpitudes subies par son personnage le lui permettent, c’est-à-dire très souvent. Pour sa première apparition à l’écran, David Hallyday hérite d’un rôle volontairement plus retenu et discret sur le plan du jeu dramatique. On lui a visiblement attribué un personnage dont certains côtés se rapprochent de sa propre personnalité et cela crédibilise d’autant plus sa composition. L’entreprise se révèle, pour lui, concluante, ne serait-ce que parce qu’elle lui permet de réussir son examen de passage dans le plus exigeant des pays en la matière. Imaginons un seul instant un tel film monté en France avec l’annonce de l’engagement de David H. (qui, à l’époque, était vierge de tout tube) dans un des rôles principaux. Outre le label « Mission impossible» appliqué à tout long métrage franchie axé sur le rock, il n’est pas sûr que la performance d’Hallyday Jr eusse été jugée à sa juste valeur.

David HallydayNotoriété familiale oblige, il aurait bénéficié d’un trop plein de sévérité — ou d’indulgence — aussi disproportionné qu’injuste. Aux Etats-Unis, où la célébrité de ses géniteurs se limite à un cercle très restreint de francophiles dévoués, l’hypothétique problème est contourné avec, en prime, des commentaires plutôt bienveillants à son égard dans les colonnes de journaux tels que Variety ou le New York Times. La sortie du film a lieu en septembre 1987 et le producteur, Tony Scotti, ne laisse rien au hasard pour ce qui est de la stratégie promotionnelle. En France, Scotti bénéficie d’une notoriété anecdotique en tant qu’époux de Sylvie Vartan. Il en est tout autrement aux States où Scotti a largement fait ses preuves en tant que producteur de disques et d’émissions télévisées. Ayant, au début des sixties, entamé une carrière de. chanteur et d’acteur (avec, à son actif, quelques disques, spectacles et films dont «La vallée des poupées»). Scotti abandonne progressivement les feux de la rampe pour mieux s’intéresser aux coulisses du showbiz. Il commence ainsi par défendre les intérêts de vedettes telles que Abba ou Olivia Newton-John avant de fonder, avec ses frères, sa propre maison de production. Parallèlement à quelques shows télé tels que «America’s Top 10» (le Top 50 US du début des eighties) et une série consacrée aux pionniers du rock, d’ailleurs diffusée en France par Antenne 2 en juillet 1982, Tony Scotti produit divers groupes ou chanteurs sous son propre label distribué alors en Amérique par la firme CBS. En 1982, la Scotti brothers Records touche le jackpot en sortant la bande originale du film « Rocky 3» avec, surtout, le tube «Eye of the tiger», par le groupe Survivor, sacré tube de l’été cette année-là aux States. Au cours des années suivantes, la maison de disques se classe dans les hit-parades country, grâce à l’acteur-chanteur John Schneider (héros du feuilleton «Shérif, fais-moi peur»), et sur • MN par le biais des vidéoclips délirants et parodiques de l’original Weird Al Yankovic. En 1986, Scotti décide de s’attaquer au cinéma en produisant polars et films d’action. En juillet de cette année (le 21 plus exactement, selon le Hollywood Reporter), il met en chantier «Lady beware», un polar avec Diane Lane, ainsi que « Eye of the tiger», avec Yaphet Kotto.

David HallydayPlus de deux mois et demi plus tard, est donné le premier tour de manivelle de « Pulling it off» (premier titre de ce qui deviendra par la suite « He’s my girl»). La musique, partie intégrante de l’intrigue, est déjà prête et les chansons composées sur mesure. Un an plus tard, quasiment jour pour jour, le film sort à New York et Los Angeles. Une importante campagne publicitaire est décidée, des articles paraissent dans les «teen mags» (revues pour jeunes) et, détail qui a son importance vu le contexte du film, la bande-annonce de « He’s my girl» est matraquée sur MTV, la chaîne musicale câblée, pendant une semaine. On y voit aussi le clip tiré du film alors que le 45 tours portant le même titre fait son entrée dans le Top 10C) du Billboard et s’y maintient trois semaines. Le film n’obtient malheureusement pas le succès escompté, contrairement au 45 tours-vedette lancé deux mois plus tard en Europe puis en Australie. En France, on parle beaucoup d’une diffusion de « He’s my girl» sur TF1, le soir du 31 décembre 1987, mais ces rumeurs sont ensuite démenties par ladite chaîne qui nie s’être formellement engagée à ce sujet.

David HallydayFilm ou pas, la carrière de David Hallyday est vraiment lancée à partir de cette époque. Le succès de curiosité des premiers temps cède peu à peu la place à un véritable engouement lors de la sortie de «True cool», un 33 tours dont il a composé toutes les musiques, contrairement à la bande originale de « He’s my girl» où il n’est qu’interprète. Une ballade, «High», en est extraite en 1988 et se retrouve rapidement classée en tête des hit-parades de l’hexagone. D’autres-45 tours suivent (« Move», «Wanna take my time», «Listening») avec plus ou moins de bonheur et de régularité. Après un très médiatique mariage qui fait les délices des paparazzis et de ses fans, David s’octroie une « retraite» d’un an, le temps de peaufiner l’enregistrement d’un nouvel album dont la sortie est prévue dans deux mois. A cette époque. Johnny se retrouvera à l’affiche de Bercy et Sylvie en pleins préparatifs de sa prochaine scène. La boucle est bouclée et la dynastie Hallyday au grand complet.

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