La dynastie Hallyday

Yéyé, année zéro. Boy meets girl, boy loves girl. Il la croise (commentaire : «Elle est terrible»), la supplie («Retiens la nuit»), en un mot, une chanson comme en cent : il l’aime. Johnny, prince du rock hexagonal poursuit donc de ses assiduités Sylvie, la collégienne en chef du twist. A défaut de retenir ses nuits, la France retient son souffle et répète après eux les onomatopées d’un amour sublime d’innocence. «Shalala la la la, jamais mon amour ne finira», assure l’une. «Quand l’amour s’en va et que tout est fini, dadou ron ron ron…», répond l’autre en écho. Ivresse des sons qui swinguent, affolement du tempo qui rocke and slowe frénétiquement. Tant pis si, après tout, les mots se bousculent dans un joyeux désordre qui fait trembler les zélateurs de la langue française. De leur côté, des millions de jeunes partagent les cahotiques coups de cœur du couple infernal au son de guitares électriques déchaînées et via les gros titres de la presse. Johnny épouse Sylvie le 12 avril 1965 à Loconville : SLC (Salut les Copains) répand la bonne nouvelle avec un numéro hyper-extra-spécial qui s’arrache comme des petits pains. Sylvie attend ce qu’il est convenu d’appeler un heureux événement : Jours de France nous l’apprend en six pages plus la couverture.

David HallydayDavid, le prince héritier, voit le jour le 14 août 1966: Paris-Match nous la joue «Il est né le divin enfant» avec quelques mois d’avance sur Noël. Le 16 septembre, Johnny tente de se suicider (en écoutant «Rika Zaraï’s greatest hits»?) : Ici-Dimanche et France-Paris sont aux premières loges et rivalisent d’imagination pour relater les circonstances du drame. Un mois plus tard, Johnny se réconcilie avec Sylvie (qui avait demandé le divorce) et tous les titres cités précédemment en font état avec une touchante unanimité. Pendant les quinze ans que dure le mariage Hallyday-Vartan, les statisticiens les plus pointus relèvent pêle-mêle, gravité et futilité mêlées : une menace de divorce tous les trois-quatre ans, deux disques d’or tous les dix mois, cinq ou six couvertures de magazines par trimestre, deux ou trois nanars au cinéma («Patate» with Sylvie, «A tout casser», «Le spécialiste» starring Johnny H.), trois apparitions mensuelles chez Guy Lux ou Maritie et Gilbert Carpentier, le tout ponctué par les cris stridents d’un bataillon de fans en chaleur. «John-nyyyyy, Sylvuiiiiie» sont autant de folkloriques cris de guerre interrompant volontiers les prestations des deux conjoints lors de divers «Palmarès de la chanson», «Cadet Rousselle», «Système 2» et consorts. De temps à autre et au cours de ces mêmes émissions, des hérétiques se mêlent .au groupe pour y glisser de pervers «Sheilaaaa », «Cloclooooo» immédiatement étouffés par la secte des vartanophiles en état d’alerte maximum. Johnny et Sylvie se livrent, eux, via leurs rengaines respectives, à un dialogue amoureux des plus inattendus.

David HallydayQuand, en 1966, monsieur vante les vertus des «Coups», madame tente de l’amadouer en lui réclamant «Juste un peu de tendresse». Quand, quelques mois plus tard, il hulule sa solitude («Je suis seul», «J’ai crié à la nuit»), elle lui répond dans la même veine (« Par amour, par pitié»). 1968 voit le couple attiré par la marginalité des bandits célèbres («Bonnie and Clyde» pour lui, «Baby Capone» pour elle). 1969 est l’année où chacun chante haut et fort son identité et ses racines : «Je suis né dans la rue», hurle Johnny, «La Maritza, c’est ma rivière», soutient Sylvie sur fond de violons compatissants. Les premières dissensions apparaissent publiquement cette année-là sur leurs microsillons respectifs. «On a toutes besoin d’un homme», soutient la blonde sylphide sur une chorégraphie d’Arthur Plashaert, ce à quoi son drôle d’époux rétorque «Je n’ai besoin de personne». Toujours en 1969, la fibre maternelle de Sylvie vibre au son d’un «Roi David» qui se distingue par la participation bruyante des… trompettes de cavalerie de la Garde républicaine. Les années 70 voient les deux époux préférer le music-hall au vinyle comme terrain d’action à leur dialogue musicalo-conjugal. Johnny et Sylvie se «font des scènes» à tour de rôle et de bras. Au début, la répartition est claire et nette.
A Sylvie l’intimité veloutée de l’Olympia (1970, 1972) tandis que Johnny s’annexe le viril Palais des Sports (1971, 1976). Parmi les griffes que l’on retrouve au générique de ces shows, citons Yves Saint Laurent (qui. habille à la fois monsieur et madame) et Michel Mallory à l’origine de la plupart de leurs tubes. François Reichenbach tient, lui, le rôle du biographe attitré puisqu’il leur consacre deux documents distincts («J’ai tout donné», en 1971, et «Mon amie Sylvie» l’année suivante). Dotée soudain d’un appétit plus vorace, la reine Sylvie quitte son Olympe-Olympia en .1975 pour s’attaquer de front à son premier palais, celui des Congrès, porte Maillot à Paris. Succès oblige, elle y joue les prolongations l’année suivante, y retourne en 1977 puis, d’humeur batailleuse, s’attaque en 1981 au mythique Palais des Sports, chasse gardée de Johnny. Par esprit de contradiction, ce dernier abandonne alors sa salle fétiche au profit du Pavillon de Paris (1979), y retourne trois ans après puis s’en détourne à nouveau pour cause de Zénith (1984) et de Bercy (1987).

Entre-temps, la fissure qui guettait épisodiquement le couple Hallyday-Vartan se concrétise tant et si bien que les deux vedettes finissent par divorcer pour de bon en 1980. Et les Cassandre de service, qui prédisaient à intervalles réguliers pareille issue, de piocher allègrement dans leur petit Vartan illustré («On s’est connu/C’était si bien/Le beau début/La drôle de fin») ou leur Johnny de poche («Elle m’oublie »/« Revoilà ma solitude») pour étayer leurs convictions. Au fil des grises eighties, Sylvie met le cap sur Beverly Hills, en Californie, où elle s’installe avec fils, mère et nouvel époux. Resté à Paris, Johnny renoue avec le cinéma (le bon, cette fois) et les fiançailles, au rythme d’une cérémonie par année. La période 1980/1981 voit ainsi l’avènement de Betsy et de Babeth, 1982 à 1987 marque l’ère Nathalie Baye, 1987 voit surgir Gisèle Galante, 1988, une Canadienne prénommée Léah, tandis qu’en 1989 est signalé le débarquement de Dadou (ronron?), fille de Long Chris, ancien parolier du chanteur. Ces réjouissances se déroulent sous l’œil vigilant des fans de Johnny dont les plus «légitimistes» d’entre eux marmonnent de vigoureux «Vive Sylvie» entre deux romances du chanteur, histoire de bien marquer leur préférence. Pour sa part, séparé, divorcé mais néanmoins ami-ami, le couple vedette des sixties-seventies-eighties semble poursuivre, aujourd’hui encore, son drôle de dialogue.

David HallydayLe Rock and Roll man vient à peine d’annoncer son show à Bercy, en septembre prochain, que La-plus-belle-pour-aller-danser sort de sa manche-Dior un ‘alléchant joker, à savoir la promesse d’un super show en janvier 1991 au Palais des Sports, avec une mise en scène signée Alfredo Arias (qui avait monté les extraordinaires «Peines de cœur d’une chatte anglaise», au théâtre, il y a quelques années). Il ne manque plus à ce «Portrait de famille avec stars» que les premiers concerts made in France de David, le prince héritier. La mise en orbite réussie, il ne reste plus à David qu’à confirmer les espoirs placés en lui et casser la baraque. Hypothèse qui, on n’en doute pas, se confirmera sûrement dans les années futures. Comme dirait l’immarcescible Sylvie, «C’est fatal »…

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